ELECTIONS PRESIDENTIELLES AMERICAINES: RIEN N’EST JOUE

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Les élections présidentielles américaines sont certainement les plus surprenantes depuis celles d’Abraham Lincoln à la Présidence des Etats Unis.

Elles se déroulent à un moment où le monde n’a jamais été, en matière d’affaires étrangères, aussi violemment confronté à des menaces de déstabilisation de ses institutions depuis la seconde guerre mondiale.

Alors que d’autres élections de même importance vont avoir lieu dans d’autres pays comme en France, il est bon de se poser la question de savoir ou tout cela pourrait nous mener tant sur les plans nationaux qu’internationaux.

Il est nécessaire également de tirer les leçons de ces élections aux Etats-Unis à la veille d’autres échéances du même type en Europe afin d’en prévenir les travers déjà perceptibles.

A quel avenir pouvons-nous nous attendre quand la réputation d’un système est tellement mise à mal de par la représentation, voire représentativité de ses candidats ?

Aussi, à la lumière des déclarations des candidats qui se rapprochent souvent plus du débat de comptoir que d’une joute politique, une question consiste à se demander ce sur quoi les électeurs vont se focaliser pour élire l’un ou l’autre des protagonistes ?

Ces critères qui vont faire le vote, pourraient se résumer à trois :

1 – La compétence

2 – L‘empathie

3 – La confiance

Les tensions internationales et nationales, les montées des populismes, la « qualité » des débats et les rejets des systèmes de partis traditionnels semblent démontrer que la décision du vote à la présidence des Etats-Unis se fera sur le critère de la compétence.

Si l’on prend les trois critères précédents, on peut légitimement considérer, qu’Hillary Clinton, compte tenu de son passé de Secrétaire d’Etat, de Première Dame, d’élue, etc… serait la plus compétente des deux candidats, et en tout cas la plus en mesure des deux candidats à être reconnue comme tel sur la scène internationale.

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En effet, un des problèmes très sérieux auquel les deux candidats doivent faire face est celui de leur perte quasi-totale de crédibilité. Il n’y a plus de vraie confiance ni dans l’un, ni dans l’autre : Que ce soit Hillary Clinton sous le coup des scandales liés à ses emails, et au fonctionnement de la Fondation Clinton, ou Donald Trump qui ne peut se relever des scandales à répétitions liés à ses relations avec les femmes, des agressions sexuelles, de son refus de faire la transparence sur ses avis d’imposition, etc….

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Ainsi, par élimination et par nécessité, c’est bien le critère de la compétence qui semble être celui en mesure de départager les deux candidats. Ceci, et c’est tout à fait fondamental, encore une fois à condition que rien de nouveau n’arrive en termes de « révélations » entre maintenant et le jour du vote. L’impact de la nouvelle enquête lancée par le FBI sur les emails de Madame Clinton reste ainsi à évaluer car il arrive comme une véritable aubaine pour un Donald Trump qui voyait le fossé des intentions de votes se creuser en faveur de la candidate. Dans cette mesure, rien n’est encore fait, et ce, même si les sondages donnent une confortable avance à Madame Clinton.

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Ce facteur de compétence est d’autant plus important qu’il est le seul en mesure de permettre au candidat élu de rétablir, lorsqu’il sera installé à la Maison Blanche, à la fois l’image de la Présidence des Etats Unis vis-à-vis du monde, mais également celle des Etats-Unis qui se doit apparaître un partenaire toujours aussi fiable que par le passé.

1 – L’image du Pays est très fortement écornée

Il est incontestable que ces élections, les procédés utilisés, les insultes et questionnements sur le devenir des partis traditionnels ont très fortement érodé l’image des Etats-Unis à l’international.

Or, sur la scène internationale, qu’on le veuille ou non, les alliés ont besoin de stabilité et d’assurance pour faire avancer les grands dossiers.

ISLes « ennemis » des démocraties occidentales doivent également garder ce sentiment de puissance stable lorsqu’ils pensent eux Etats Unis et autres pays alliés.

Cette stabilité qui conduit aux respects des valeurs et de l’intégrité des Nations qui compose le socle des Nations démocratique agit en effet vis-à-vis des opposants, comme facteur de dissuasion.

S’il est écorné, comme c’est le cas aujourd’hui, alors les ennemis des Démocraties peuvent se sentir « légitimes » à attaquer ces Nations qui semblent affaiblies.

Il n’est ainsi pas étonnant de voir les priorités de Daesch se focaliser sur les attaques susceptibles de mettre à mal la concorde nationale entre les diverses minorités de nos pays. L’exacerbation des communautarismes en est une conséquence dangereuse.

 Ce sont les fondements même de la Nation qui se trouvent menacés. D’où la nécessité de faire un front commun solide, stable et défendant les valeurs de la Nation face à ces menaces.

 2 – La capacité de rassemblement

Il n’est un secret pour personne que l’avenir même du système traditionnel des deux parties aux Etats-Unis est en jeu.

Cette question du maintien du « bipartisanisme » a rarement été posé avec autant d’acuité depuis la guerre.

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Il est fondamental en effet que les Etats-Unis gardent ce système de deux partis pour assurer leur stabilité institutionnelle.

L’avenir incertain du Parti Républicain

Or le parti Républicain est au bord de l’implosion : c’est la première fois qu’un candidat à la Maison Blanche ne vient pas au travers des primaires de l’establishment traditionnel.

Le parti républicain est éclaté entre le Tea Party, les populistes, les supporters de Trump et les plus traditionnels. Ce parti doit d’urgence se poser la question de ses valeurs et de ce qu’il représente en réalité : quelle idéologie ? quels buts ?

C’est un véritable challenge de gouvernance également qui se pose.

Une nouvelle lecture de la Constitution Américaine ?

Il y a actuellement un débat institutionnel qui revient en force : Il porte sur la lecture de la constitution des Etats Unis.

imagesFace à deux candidats dans lesquels il existe peu de confiance de la part du corps électoral, et dans la mesure ou le rôle de Président des Etats-Unis inclut celui de Commandant en Chef des Forces Armées (article 2 de la constitution américaine), les « présidentialistes » favorables à la toute-puissance de la fonction s’opposent de nouveau au « Congrètionnalistes » qui souhaitent voir le Congrès venir limiter les possibilités d’engagement du Président afin assurer plus de transparence vis-à-vis de la Nation.

Ce débat a été relancé notamment à cause de la pauvreté du débat présidentiel.

De l’empathie au populisme

L’empathie est en général le point sur lequel les candidats insistent pour se faire élire.

Or, la montée des extrêmes et les amplifications des peurs diverses biaisent totalement cette empathie qui devient le corps commun d’une certaine expression des rejets du corps électoral : que ce soit vis-à-vis des partis politiques traditionnels ou des minorités qui seraient la cause de tous les maux dont souffrent les couches sociales et économiques dans le pays.

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Dans le cas présent, la montée des populismes nous force à regarder ce point d’une autre façon et de conclure que c’est bien le sujet de la compétence qui va départager les deux candidats sur l’autel de la nécessité de cette stabilité institutionnelle et internationale. Du moins faut-il l’espérer.

En ce qui concerne l’empathie, « version 2016 », à savoir la façon dont le candidat perçoit et comprend les problèmes rencontrés par le corps électoral dans la vie de tous les jours, et l’image qu’il renvoi ; et compte tenu des très grandes tensions et peurs liées à la santé, au chômage et à la sécurité, l’on peut raisonnablement penser que Donald Trump est susceptible de ramener plus de voix vers lui que la candidate démocrate.

C’est bien ce phénomène de peur qui aujourd’hui semble permettre aux candidats populistes de gagner des voix. La réponse rassurante face à ce nouvel obscurantisme semblant celle de la connaissance des dossiers et de la capacité à les gérer de façon stable dans le temps : c’est donc bien la compétence qui sera l’arbitre de ces élections.

Notons d’ailleurs que ce qui est vrai pour les Etats-Unis l’est également pour la France et d’autres pays Européens qui font face à ce même phénomène.

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3 – L’avenir du pays face aux ambitions politiques individuelles

La façon même de faire la politique, au service de la Nation, plutôt que pour servir des intérêts très personnels a également changé.

L’impact de l’absence de passé Militaire des élus à l’épreuve de la Politique américaine

Il est tout à fait intéressant de remarquer que de moins en moins d’acteurs politiques affichent un traditionnel passé militaire, car il n’existe plus.

Il y a en effet de moins en moins d’anciens militaires au gouvernement.

Si l’on compare avec 1977, c’est tout à fait flagrant. On pourrait ainsi tout à fait légitimement se poser la question de savoir si la qualité du débat que nous observons n’en est pas une conséquence. Il n’y a plus discussion sur les valeurs partagées de la Nation Américaine.

Ce point pourrait porter à polémique, mais à l’épreuve des faits il faut s’en poser la question, car l’intérêt du pays semble dans les débats devenir moins important que le combat politicien individuel et l’intérêt personnel.

Peut-être pouvons-nous aussi voire ici une des raisons des montées si facile des populismes aux USA.

En extrapolant, des systèmes équivalents de pertes des valeurs semblent s’être mis en place dans nos pays en Europe.

Rétablir la confiance et la stabilité à l’International

Pour le sujet qui nous importe ici, la question est de savoir, en l’absence de cette expérience militaire, lequel des candidats sera le plus en mesure de rassembler autour de lui un corps de responsables reconnus internationalement afin de rétablir cette confiance dans la stabilité et l’avenir des Etats-Unis.

Or, si l’on regarde le profil des deux candidats, il est clair qu’Hillary Clinton a cette capacité bien supérieure à Mr. Trump de pouvoir être rapidement reconnue dans ses fonctions comme une Présidente qui rassurera et qui a le soutien de l’establishment, du fait des fonctions qu’elle a déjà occupées.

Par exemple, l’on sait tout à fait aujourd’hui de qui Madame Clinton pourrait s’encadrer, dans son cabinet rapproché, et qui seraient en charge des dossiers en matières d’affaires étrangères :  ce sont tous des personnalités de renom et reconnus internationalement. Ceci rajouterait en la confiance des alliés dans le nouveau gouvernement en place.

Dans le cas de Donald Trump, il n’y a aucune information claire, sauf à savoir que nombre de responsables des affaires étrangères reconnus ont annoncé refuser de collaborer avec lui s’il était élu. Il y a trop de zones d’ombres aujourd’hui sur ces points autour de Donald Trump, trop de doutes.

Ainsi, Hillary Clinton rassemble beaucoup plus largement, et de façon beaucoup plus transparente, donc plus rassurante, que ne le fait Donald Trump.

L’arrivée de Hillary Clinton à la Maison Blanche serait ainsi plus en mesure de rassurer les alliés et de relancer des relations de confiance entre les Etats-Unis et ses alliés.

 4 – Le rôle et le profil des médias dans la course à la présidence des Etats Unis

Cette campagne électorale a jeté également un certain opprobre sur les médias qui essaient de ne pas faire preuve de trop de parti pris. L’éthique journalistique est en effet extrêmement importante aux Etats-Unis.

Ainsi ce ne sont pas les journalistes qui sont nécessairement en cause, mais les médias eux même dont les profils ont radicalement changé et autour desquels surfent les campagnes des candidats.

Il faut remonter quelques années en arrière ou les élections ne devaient prendre en compte qu’un nombre limité d’organisme de presse, comme ABC, NBC ou CBS.

Aujourd’hui, les candidats doivent compter sur l’explosion d’internet et des réseaux sociaux, et sur des chaines qui se sont politisées : ainsi Fox est Républicain, NSNBC à gauche, le Washington Post à gauche, etc….

En conséquence, quand l’électeur reçoit ses informations, il a déjà un parti pris selon qu’il est lecteur d’un ou l’autre des supports.

Ainsi, même si les journalistes essaient d’être objectifs, ils peuvent être dépassés par les mensonges et/ou « transformations de la vérité » (une certaine forme de propagande en fait) qui sont monnaie courante dans cette campagne.

Cette difficulté a forcé la création des organismes de « fact checking » ce qui peut sembler étonnant à ce niveau électoral.

5 – Que devra faire le Président élu à son arrivée à la Maison Blanche ?

Hillary Clinton et Donald Trump sont deux leaders que tout semble opposer que ce soient en matière d’immigration, d’isolationnisme, de politique d’accueil des réfugiés, et en matière de commerce international.

Ce qui est par contre commun aux deux est que les premiers 100 jours à la tête du pays seront fondamentaux et doivent permettre d’assurer ou pas le succès de la Présidence américaine à venir.

 Le maître mot sera celui du rassemblement et de la reconstruction de la confiance et de l’image des Etats-Unis.

Pour ce faire le Président (e) devra ouvrir très largement à tout l’establishment américain, aussi de façon à rassurer le leadership international. Le Président (e) devra assurer qu’il ou elle ramène autour de sa personne le système connu des parties américains.

Le cabinet qui sera formé autour du Président devra être composé des personnalités les plus compétentes et reconnues dans leurs domaines respectifs.

Cette tâche qui devra être entreprise dès l’élection du président semble déjà plus simple pour Hillary Clinton que pour Donald Trump.

Entre le positionnement d’isolationnisme et de protectionnisme à outrance de Donald Trump et celles d’Hillary Clinton qui devra prendre en compte les thèses anti-globalisations de Mr. Sanders, rien n’est encore joué.

Les nouvelles polémiques soulevées par la nouvelle enquête sur les emails de Madame Clinton ne permettent pas à ce stade de valider les sondages d’intentions de vote qui sont favorables à cette dernière.

Cette élection sera suivie d’autres en Europe, où les tensions et tentations populistes sont là aussi très fortes. Là encore, il faut espérer que ce soit le critère de la compétence qui emporte les votes, et ainsi, la pérennisation de nos systèmes et valeurs démocratiques.

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About Frank Farnel

International Public Affairs and Business Development Professional
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